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Culture
Une musique aux pas feutrés… Impatiemment, le tout Tunis attendait Anouar Brahem et sa nouvelle production «Le pas du chat noir», pour revivre un chant totalement «hors du temps», de notre temps où la musique de haut niveau et de qualité —certainement pas élitiste— n’a qu’une faible audience auprès du large public, mais aussi auprès de certaines instances qui «veillent» sur ce chapitre… Pour la redécouverte d’un virtuose qui vole haut et nous prend avec lui dans une évasion sensuelle, spirituelle, intérieure, le but fut largement atteint… Cela eut lieu lors des deux soirées programmées à la magnifique cathédrale de Carthage, les 16 et 17 avril courant, lorsque Anouar Brahem, accompagné de François Couturier au piano et Jean-Luis Matinier à l’accordéon, nous gratifia d’un programme de musique que nous avons du mal à classifier (et nous ne nous trouvons pas dans l’obligation de le faire d’ailleurs). Cette musique, avec le jeu harmonique du oud, du piano et de l’accordéon, apparaît loin de toute forme connue, bien que certains critiques étrangers la renvoient à un Debussy ou un Ravel… A mon humble avis, et à la lumière de ce que nous avons entendu ce soir-là, je pense que Anouar Brahem mérite bien un titre nominal pour «sa» musique, qui, ni classique ni d’aucune autre école, se caractérise par une forme d’expression tout à fait originale et très personnelle. La «Brahemique» (loin de Brahms ou du Brahmanisme…), nous sommes bien tentés de classifier la musique de notre artiste dans un registre à part, ce dernier étant arrivé à élaborer un style propre à lui, avec des compositions, des partitions et des rythmes répondant aux impératifs techniques, sonores et musicaux des instruments utilisés. D’origines et de «culture musicale» diverses, le oud (le luth), le piano et l’accordéon ont été parfaitement exploités et nous n’avons nullement la sensation d’une musique ou de sons hétérogènes ; au contraire, la symbiose entre ces instruments était vraiment totale… Rien n’a été laissé au hasard et cela ne peut pas être autrement de la part d’un grand de la musique moderne tunisienne : aucune note gratuite, aucun son intrus, un perfectionnisme rarement atteint. «De tout ton cœur», «Leïla au pays du carrousel» «toi qui sait» ou «Point bleu», ont été quelques titres parmi d’autres qui nous ont «bercés» puis emportés vers des rêves, une évasion aux sensations hallucinantes, chimériques, irréelles… C’est, entre autres, la force de cette nouvelle musique, le pouvoir magique d’un compositeur qui arrive à toucher, à «jouer» des esprits et des sentiments… Et nous ne sommes pas les seuls à avoir vécu ce rêve, ce plaisir : là où Anouar Brahem est passé, avec les quelques deux cents concerts donnés à travers le monde pendant les cinq dernières années, il n’a laissé que sensations, sentiments et même des larmes… Un échange qui consacre un grand artiste et qui traduit une haute reconnaissance à quelqu’un qui a toujours visé haut et cherché le subtil… J.B
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